vendredi 10 avril 2009

Petites histoires du Nicaragua

Je me lance. Je vais essayer de parler un peu de politique et d'histoire aujourd'hui, sans rentrer dans les grands détails (je n'en suis pas capable de toute façon), mais juste pour donner des informations toujours utiles pour comprendre un peu mieux ce petit coin du monde.

Je vais d'abord commencer par parler des habitants de Bluefields et une de leur caractéristique première : la nonchalance je-m'en-foutiste généralisée. Je l'ai déjà dit, Bluefields est très isolée du reste du pays, autant part sa géographie que sa culture. A l'ouest du pays la chose est tout autre et les conflits politiques historiques ont souvent connu un engagement très fort des populations.

Pour prendre une exemple récent, les élections municipales de novembre dernier marquée par des fraudes généralisées et organisées par le pouvoir en place ont provoqué des manifestations très intenses à l'Ouest du pays avec des morts et des blessés presque tous les jours. Pendant ce temps là, à Bluefields, les klaxons timides des partisans du nouveau maire ont couiné pendant dix minutes puis plus rien...les chiens ont repris leur aboiements nocturnes, nullement perturbés par cette interruption craintive...

Cela peut s'expliquer historiquement. L'intégration de ces régions au territoire Nicaraguayen n'est pas très vieille puisqu'elle date de 1886 (comparée à l'arrivée des Espagnols en 1524 et à la date de l'indépendance en 1821). Les Anglais, précédé par des pirates Européens, puis suivit par les Américains, ont eu une influence très forte ici depuis le milieu du 19ème siècle. D'ailleurs la limite ultime de la colonisation Espagnole se trouve 200 km plus à l'ouest, malgré trois cents ans de présence...

Cela peut s'expliquer au niveau politique aussi. Toute la partie Est du pays (soit plus de la moitié) est divisée en deux grandes régions, la RAAN et la RAAS (Region Autonoma Atlantico Sur, la région de Bluefields). Ces régions, autonomes comme leur nom l'indique, sont dotées d'un gouvernement territorial aux droits et devoirs assez flous et aux ressources limitées. Il faut comprendre en fait que ces régions sont très largement laissées à l'abandon et l'écart de développement s'aggrandit par rapport au reste du pays.

A propos des Américains, il ne faut évidemment pas croire, cher lecteur incrédule, que leur influence se limite à ces seules zones du Nicaragua. Ce serait là sous estimer le meilleur pays du monde ! Les Yankees ont accompli de très grandes choses dans le pays durant tout le 20ème siècle. La liste est longue mais à titre de menu on retiendra trois épisodes anodins :

1 - une ingérence vicieuse et intéressées dans les affaires politiques du pays, pour promouvoir la démocratie et la liberté bien entendu, et aussi pour une petite histoire de canal. Dans un premier temps, il s'agissait de trouver le moyen de s'accaparer la propriété d'un tel ouvrage. Et puis, une fois la chose réalisée au Panama, le boulot à été d'empêcher la réalisation d'un canal concurrent. Sont sympa c'est américains d'expliquer aux Nicaraguayens qu'une telle idée serait mal venue...ça leur a évité du boulot inutile...c'est fatiguant de creuser un canal...

2 - la répression, en 1927, de la révolte Sandiniste, du nom de son leader Augusto César Sandino.

Je vous présente Augusto

Ce gars en avait marre de vingt ans de présence de l'armée Américaine dans son pays et décida donc de prendre le maquis pour déloger les Marines.
Le bilan ? Cinq ans de guérilla, quelques milliers de morts, pour enfin voir le départ des américains qui laisseront quelques petits cadeaux en partant. Une armée, la "Guardia Nacional", entrainée et équipée par les USA dont le dirigeant, Anastasio Somoza Garcia, tuera Sandino en 1932. Par politesse et savoir vivre l'assassinat eu lieu à la fin du diner. Avec l'aide de ses enfants, la famille restera 43 ans au pouvoir. 43 ans, c'est long, et ça laisse le temps de se servir. Les fistons irons se réfugier à Miami avec un gros paquet de thune (50 millions de dollars), provenant en partie de l'aide internationale détournée suite au tremblement de terre ayant quasiment rasé Managua en 1972.

3 - la répression de la révolution Sandiniste (d'inspiration Marxiste et soutenue par Cuba) pendant plus de dix ans par le financement et l'entrainement des "Contras". Ronald Reagan continuera à faire financer le mouvement des Contras dans le dos du Congrès Américain par la vente d'armes à l'Iran et de cocaïne dans les banlieues du pays (un service rendu aux Noirs et aux Latinos, il est cool, ce Ronald!).

Je vous présente Ronald. Quelle tête a claque.

Les gens de la cote Caraïbes ont essentiellement combattu du coté des Contras à cette période en raison des liens historiques de la région avec les USA, et aussi pour un désaccord des communautés locales indigènes avec la politique agraire du gouvernement Sandiniste consistant à redistribuer des terres. Les Nica restent très discrets sur cette épisode de leur histoire. J'ai juste appris le mois dernier que deux des employés de blueEnergy avaient combattu pour les Contras à cette époque. Les autres sont trop jeunes pour ça.
Pour info, le gouvernement Nicaraguayen de l'époque déposa plainte contre les USA auprès de la Cour internationale de Justice en 1984. Lesquels furent juger coupable, pour avoir « rompu leur obligation dictée par le droit international de ne pas utiliser la force contre un autre État ». Les États-Unis refusèrent de se soumettre au jugement, ça devait les faire chier (ça ressemble beaucoup à la politique Française en Afrique, non ?).

Enfin bref, la liste est longue et il y a encore d'autres motifs d'indignation...

Aujourd'hui, les Sandinistes sont revenus au pouvoir, avec toujours à leur tête Daniel Ortega, qui était déjà chef du mouvement lors de la révolution de 79. Suite à trois défaites consécutives aux élections présidentielle, ce cher Daniel avait décidé de renier ses idéaux marxistes, s'était mis à croire en dieu et à dénigrer l'avortement. La stratégie a semble-t-il payée et il peut aujourd'hui jouir pleinement des privilèges plus ou moins légitimes du pouvoir...



So, to be continued...

Et avant de vous quitter, je suis bien conscient que ce petit cours d'histoire était peut-être ennuyeux pour certain, mais si il y en a qui reste sur leur faim, j'en suis heureux et je vous encourage à être curieux et vous renseigner sur l'histoire de ce pays. C'est très représentatif de la géopolitique mondiale du siècle passé, je trouve.