mercredi 22 octobre 2008
On a un invité
Enfin, "internationale", le mot est surement un peu fort puisqu'on ne recoit la visite que d'un étranger...
Il s'agit d'un écossais, Hugh Piggott, j'avais un peu parlé de lui dans mes précédents messages.
Je vais essayer de vous décrire un peu le personnage car il a une vie assez atypique.
Hugh vit depuis ses 22 ans tout au Nord de l'écosse dans un endroit très sauvage appelé Scoraig, qui ressemble un peu au Fjord Scandinaves. A l'époque, il a du dire à sa femme un truc comme : "tiens chérie, j'ai une idée, on va aller élever des moutons dans l'endroit le plus isolé d'angleterre, je couperai du bois pour la cheminée et toi tu feras du pain dedans". Je suppose qu'il a du argumenter un peu plus que ca, qu'elle était jeune et qu'elle devait beaucoup l'aimer.
Hugh a maintenant 56 ans et il vit toujours là bas avec elle. Pas de route, pas d'électricité à Scoraig. Il y a environ 80 habitants et faut compter 20 minutes de marche pour aller demander du pain au voisin quand le sien est fini. Il y a construit sa maison et c'est en bricolant sa premiere éolienne et ensuite toutes celles de ses voisins qu'il est devenu 30 ans plus tard LA référence des éoliennes autoconstruites. Si vous voulez, Hugh, c'est peu le Mac Giver de l'éolien, qui propose de construire une éolienne électrique fiable et durable dans son garage avec un marteau cassé, quatorze mètre de fil de fer et ce qui reste des poutres de l'écurie en ruine...
En plus de ca c'est une personne très simple, humble et sage, ce qui contraste assez avec l'étendu de sa réputation et le volume de ses connaissances et de son expérience. Ca change de certains "experts-consultants" dont la vanité et la vacuité sont proportionnelles à leur supposée célébrité.
Tout ca rend donc très agréable le travail avec lui, on apprend énormément de choses pour nos éoliennes et ca nous ouvre de nouveaux espaces de réflexions. De quoi alimenter nos cerveaux fous et tenter de nouvelles expériences inédites et créatives pour trouver la formule magique de l'éolienne idéale !
Bref, vous l'aurez compris, j'aime beaucoup ce type et malgré des journées très remplies, c'est une plaisir de vivre cette expérience. En plus il a failli ne pas venir nous aider à cause de l'avion.
Pas par phobie. A cause du CO2...
lundi 13 octobre 2008
Le travail, c'est aussi les vacances
Nous sommes parti mercredi matin pour (en prévision) 4 jours de travail, au programme la réparation d’une éolienne dans une école et deux visites de maintenance dans des communautés isolées.
Le trajet pour se rendre à notre première destination, Lagunas des Perlas (ou Pearl Lagoon en Anglais) est magnifique, le soleil tape dur mais on ne sent rien avec la vitesse et l’air frais des canaux.
Doucement......mais surement
Salvatrice crème solaire !
Après une heure de circulation dans des petits canaux cloisonnés par une jungle luxuriante et impénétrable, on arrive enfin à destination. Pearl Lagoon est un espèce de petit bled oublié au coin d’une immense lagune, avec une population très hétérogène de métisse espagnol, noir et miskito (les indiens originaires de cette partie de la cote atlantique avant les colons). Cela fait vraiment penser à une ville de pirate, pas vraiment de loi, pas vraiment d’administration. Une zone délaissée, isolée, une zone de trafic, sans contraintes ni règles. Le reggae et ces lignes de basse syncopées y règne en maitre incontesté, la bière est sa compagne favorite, tout cela dans un environnement abrutissant de chaleur douce et d'humidité.
Quand nous sommes arrivés, un type nous a aidé à décharger notre matériel, un gars d’un mètre soixante avec des muscles partout, un short taillé dans un vieux jean et des tongs usées, qui portait sans broncher sur son épaule notre bidon de gasoil de 15 gallons (60 litres). Un homme un vrai, quoi, un tatoué. Y avait écrit sur son biceps « Seed of Freedom » sous une feuille de ganja, et une femme poitrine à l'air dans une position équivoque sur le pectoral. Un représentatif ambassadeur des lieux en quelque sorte.
On arrive sur notre premier chantier, le mat est en place mais il faut changer les câbles qui le tiennent droit (la rouille attaque sans concession) et remettre en place une nouvelle éolienne. On commence mais après une heure de travail on apprend que le directeur de l’école n’a pas l’argent pour payer les réparations. Tant pis, on arrête tout, on rentre à l’hôtel manger des oranges et siroter du rhum frais à la bouteille.
Le soir, on est sorti. Il y a, à ma connaissance, trois bars à Pearl Lagoon. Ce sont des grandes cases de dix mètres de diamètre, larges et hautes, avec cinq ou six tables en plastique en périphérie et une piste de danse au milieu sur laquelle une famille d’éléphant pourrait faire la ronde. Pour rester dans l’échelle pachydermique, les deux baffles qui crachent le son font la taille d'un male vigoureux… Là aussi, les noms sont à l’image de l’esprit qui règne dans les lieux. Il y a le « Relax », le « Steef Cock », et le « Drop Drawers». Les deux derniers signifient littéralement « Bite Raide » et « Baisse ton caleçon », ne chercher pas de sous entendu derrière ces noms, c'est suffisamment clair et explicite comme ca!
En semaine, il n’y a jamais un chat pour boire une bière, c’est trop cher. Le week end non plus, sauf à quelques occasions, je suppose. La sono joue à fond et la bière coute cinquante centimes d’euros, les trois couples qui dansent n’en finissent plus de se coller. Les pieds et le buste restent fixes, seul le bassin s'utilise dans ce genre d’exercice.
Les mœurs sexuelles sont très libérées, pour ne pas dire débridées, ca doit être ca qui explique le fait que les filles de vingt ans aient déjà trois gamins, tous en garde chez la grand-mère...
Le lendemain, après une matinée de repos, lecture et autres activités ardues et contraignantes du même genre, nous sommes partis à Kakabila. Kakabila est une communauté isolée toute mignonne, au bord de la lagune.
Première image en accostant. Digne d’un reportage de National Géographique sur les tribus indiennes d’Amazonie, non ?
Les maisons sur pilotis sont posées sur un gazon vert et rasé digne d’un terrain de golf. On a passé que quelques heures là bas, le nez dans les fils électriques ; dommage mais pas grave, mon travail de terrain va se focaliser essentiellement sur cette communauté et il est prévu d’installer une nouvelle éolienne là bas en décembre. J’aurai donc l’occasion d’y passer plusieurs jours et de profiter des lieux.
Le lendemain, c'est-à-dire vendredi si vous suivez, fut surement la plus belle journée de notre périple. Réveil matinal et synchronisé avec le soleil, aux alentours de 6h. Aujourd’hui nous allons à Set Net Point, autre communauté isolée, au bord de la mer cette fois.
On a pas été trop secoués par la houle pendant le trajet...
On a eu pas mal de boulot sur cette installation, l’éolienne ne fonctionne plus et je ne sais pas très bien pourquoi. Apparemment il y a une sombre histoire derrière tout ca, un des leaders charismatique de la communauté à été tué (meurtre à Managua, la capitale), il soutenait beaucoup le fonctionnement de l’installation et il semblerait que des composants aient été sabotés, rien de bien clair quoi…
Le travail consistait à former un nouveau comité de gestion, c'est-à-dire sélectionner parmi les villageois trois ou quatre opérateurs en charge de la gestion du système (utilisation de l’énergie et maintenance). On a aussi mis en place un système de mesure du potentiel éolien sur le mat de l’éolienne.
Et puis vers 15h on est parti, mais pas dans la direction de Pearl Lagoon, dans la direction du large, où se trouve quelques petites iles éparpillées, les Pearl Cays. Depuis notre arrivée j’en bavait d’envie depuis le rivage, on m’avait dit que l’endroit était plutôt agréable…On ne m’avait pas menti. Les lieux sont simplement paradisiaques. On a passé deux heures la bas, jusqu’au couché du soleil. Je vous laisse apprécier les photos et mesurer comme mon travail ici est rude et harassant. Ce plaindre n’est pas mon genre mais là, quand même, faut pas abuser !
Une fois de retour à Pearl Lagoon, à la nuit tombée, on reçoit un coup fil pour apprendre que le type de l’école est prêt à payer les réparations, donc au boulot demain. On doit aussi aller faire une réparation pour un américain à la retraite qui habite sur la lagune, son système d’énergie renouvelable solaire-éolien ne fonctionne plus. Je suis choisi avec un autre gars pour aller là bas.
Vers 10h le lendemain notre américain c’est pointé. On met une demie heure de Panga pour aller chez lui. Ce gars est en train de se construire une maison gigantesque sur un endroit magnifique appelé Table Point, qui donne sur la lagune. Il a acheté le terrain il y a cinq ans, c’était de la jungle à l’époque.
On a passer trois ou quatre heures a bosser sur son systeme pour enfin trouver la panne, mais on a rien pu faire et on a ramener la pièce cassée avec nous. C'est une équipe qui est venue spécialement des états unis pour lui installer tout ca, que du matériel américain livré par bateau dans un recoin perdu des caraibes, j'ose pas imaginé la fortune que ca a du lui couter... en meme temps on est au pays des pirates, qui sait, il a peut etre trouvé un coffre bien garni en défrichant à la machette son bout de terrain...
Et puis on a finalement passer notre dernière nuit à Pearl Lagoon, apres une soirée au bar, comme d'habitude. On avait un peu de travail à l'école le dimanche matin pour tout finir, et nous sommes enfin rentrés au bercail, usé et heureux.
Voilà, fin des aventures, ce fut cinq jours de travail assez fatigants, mais vraiment riches en découvertes et expériences. Le soir en me couchant je me disais que c'est quand même pas dégeulasse d’avoir un boulot qui ressemble a s'y méprendre aux vacances...
samedi 4 octobre 2008
Question de temps
Mais la solution est là ! Le blog pour les messages collectifs ! Evidemment ca n’a pas le charme du mail personnalisé, cette littérature collective et homogénéisée. Mais après tout, ça gagne en efficacité et rapidité, au diable l’artisanat et la pièce unique manuscrite par clavier interposé, vive la production de masse et la consommation ouverte au plus grand nombre !
Le temps est une denrée rare en ce moment et j’ai bien de la peine à en mettre un peu de coté. On pourrait mettre ca sur le dos de la nouveauté, des découvertes et de l’adaptation au nouvel environnement. C’est en partie vrai, mais ca fait tout de même un mois maintenant que je suis arrivé et j’ai l’impression que c’est de pire en pire.
Déjà pour le boulot, c’est un peu le grand rush en ce moment. J’en avais déjà parlé, Hugh Piggott vient nous voir pour deux semaines de conférence. Pour vous répondre Romain et Pauline, il arrive ici le 20 octobre précisément (si l’avion Russe est d’accord pour décoller…et après atterrir). Les préparatifs nous occupent donc beaucoup, surtout nous, les quelques technikos qui devons être fin prêt pour le Jour J.
A coté de ça, ma mise à niveau en anglais est lente, laborieuse et fatigante, étant donné les lacunes immenses et inconnues que je recelais en moi, à mon insu.
Ajoutons pour finir une foule de choses à enregistrer sur l’histoire de l’organisation, le fonctionnement actuel et les perspectives, j’ai de quoi occuper mes journées de travail !
Pour le temps libre, la vie en communauté à une quinzaine de volontaires internationaux, un nouvel environnement climatique, linguistique et culinaire auquel il faut s’adapter avec une belle dose de soirées arrosées me laissent peu de temps pour étudier le vol de la mouche locale et deviner les têtes grimaçantes qui se cachent dans la forme des nuages qui passent.
Bref, tous ceci pour confirmer que je suis bien occupé, ca ne m'empeche pas de répondre aux questions que vous m'avez posé par mail, ce que j'essaierai de faire le plus possible dans le futur.
Non, le terme n’est pas bien choisi quand je dis que Bluefields est un bourg. On peut parler de ville, il y a quand meme 50 000 habitants, une petite université et un Tip Top Pollo (en genre de Mac Do avec des plats aux poulets). Nous consommons beaucoup de poulet ici, il y en a apparemment de grands élevages industriels dans l’intérieur du pays, c’est très bon marché et on ne sent pas les hormones quand c’est bien grillé, rôti ou frit.
On ne peut pas aussi proprement parler de jungle autour de Bluefields. Si vous imaginez les arbres immenses, les cris de singes hystériques, l’enchevêtrement de lianes qui faut tailler à la machette pour pouvoir avancer, vous n’y êtes pas. C’est une jungle plus civilisé, avec de gentils et paisibles bananiers, d'innocentes plaines herbeuses et une terre rouge et très argileuse. Pas de chance de croiser Indiana Jones, mais on y trouve quand même des singes, des perroquets rouge jaune et bleu qui hurlent tropicoooooooooooo aux gringos en randonné, de délicieux fruits de la passion, des papayes allongées et grosses comme des citrouilles.
Enfin, concernant les nouveautés des jours à venir, je m’apprête à partir en déplacement avec quatre autres volontaires la semaine prochaine, du mardi au vendredi. Le but est de visiter les trois communautés au Nord de Bluefields sur lesquelles sont installées des éoliennes. Le voyage (environ 50km) se fera en Panga, j’en ai déjà parlé, c’est un petit bateau en matière plastique avec de puissants moteurs pour affronter la mer. C’est le moyen de déplacement le plus efficace, c’est aussi le seul. Je crois que ca va être riche en rencontres et découvertes sur les modes de vies, les cultures, les structures sociales etc. Je suis content de faire ce voyage car cela va constituer un important volet de mon travail qui contrebalance le coté très technique et enfermé dans les bureaux et l’atelier quand je suis à Bluefields…
Je tacherai de laisser un message sur mon blog le week end prochain pour raconter ce voyage.
En attendant je vous envoie une nuée de bisous et pensées affectueuses qui, je l’espère, arrivera sans trop de pertes à traverser l’Atlantique…
Clément
PS : désolé pour l’absence photos, je trouve ennuyeux de me balader constamment avec mon appareil…je vais plutôt récupérer plus tard les clichés des autres volontaires qui se donnent la peine d’illustrer leur quotidien…