lundi 13 octobre 2008

Le travail, c'est aussi les vacances

Me voilà revenu de 4 jours de déplacement, 4 jours bien remplis, du boulot mais aussi plein de découverte et du bon temps !
Nous sommes parti mercredi matin pour (en prévision) 4 jours de travail, au programme la réparation d’une éolienne dans une école et deux visites de maintenance dans des communautés isolées.
Le trajet pour se rendre à notre première destination, Lagunas des Perlas (ou Pearl Lagoon en Anglais) est magnifique, le soleil tape dur mais on ne sent rien avec la vitesse et l’air frais des canaux.

Doucement......mais surement

Salvatrice crème solaire !

Après une heure de circulation dans des petits canaux cloisonnés par une jungle luxuriante et impénétrable, on arrive enfin à destination. Pearl Lagoon est un espèce de petit bled oublié au coin d’une immense lagune, avec une population très hétérogène de métisse espagnol, noir et miskito (les indiens originaires de cette partie de la cote atlantique avant les colons). Cela fait vraiment penser à une ville de pirate, pas vraiment de loi, pas vraiment d’administration. Une zone délaissée, isolée, une zone de trafic, sans contraintes ni règles. Le reggae et ces lignes de basse syncopées y règne en maitre incontesté, la bière est sa compagne favorite, tout cela dans un environnement abrutissant de chaleur douce et d'humidité.

Quand nous sommes arrivés, un type nous a aidé à décharger notre matériel, un gars d’un mètre soixante avec des muscles partout, un short taillé dans un vieux jean et des tongs usées, qui portait sans broncher sur son épaule notre bidon de gasoil de 15 gallons (60 litres). Un homme un vrai, quoi, un tatoué. Y avait écrit sur son biceps « Seed of Freedom » sous une feuille de ganja, et une femme poitrine à l'air dans une position équivoque sur le pectoral. Un représentatif ambassadeur des lieux en quelque sorte.

On arrive sur notre premier chantier, le mat est en place mais il faut changer les câbles qui le tiennent droit (la rouille attaque sans concession) et remettre en place une nouvelle éolienne. On commence mais après une heure de travail on apprend que le directeur de l’école n’a pas l’argent pour payer les réparations. Tant pis, on arrête tout, on rentre à l’hôtel manger des oranges et siroter du rhum frais à la bouteille.

Le soir, on est sorti. Il y a, à ma connaissance, trois bars à Pearl Lagoon. Ce sont des grandes cases de dix mètres de diamètre, larges et hautes, avec cinq ou six tables en plastique en périphérie et une piste de danse au milieu sur laquelle une famille d’éléphant pourrait faire la ronde. Pour rester dans l’échelle pachydermique, les deux baffles qui crachent le son font la taille d'un male vigoureux… Là aussi, les noms sont à l’image de l’esprit qui règne dans les lieux. Il y a le « Relax », le « Steef Cock », et le « Drop Drawers». Les deux derniers signifient littéralement « Bite Raide » et « Baisse ton caleçon », ne chercher pas de sous entendu derrière ces noms, c'est suffisamment clair et explicite comme ca!

En semaine, il n’y a jamais un chat pour boire une bière, c’est trop cher. Le week end non plus, sauf à quelques occasions, je suppose. La sono joue à fond et la bière coute cinquante centimes d’euros, les trois couples qui dansent n’en finissent plus de se coller. Les pieds et le buste restent fixes, seul le bassin s'utilise dans ce genre d’exercice.
Les mœurs sexuelles sont très libérées, pour ne pas dire débridées, ca doit être ca qui explique le fait que les filles de vingt ans aient déjà trois gamins, tous en garde chez la grand-mère...

Le lendemain, après une matinée de repos, lecture et autres activités ardues et contraignantes du même genre, nous sommes partis à Kakabila. Kakabila est une communauté isolée toute mignonne, au bord de la lagune.

Première image en accostant. Digne d’un reportage de National Géographique sur les tribus indiennes d’Amazonie, non ?

Les maisons sur pilotis sont posées sur un gazon vert et rasé digne d’un terrain de golf. On a passé que quelques heures là bas, le nez dans les fils électriques ; dommage mais pas grave, mon travail de terrain va se focaliser essentiellement sur cette communauté et il est prévu d’installer une nouvelle éolienne là bas en décembre. J’aurai donc l’occasion d’y passer plusieurs jours et de profiter des lieux.

Le lendemain, c'est-à-dire vendredi si vous suivez, fut surement la plus belle journée de notre périple. Réveil matinal et synchronisé avec le soleil, aux alentours de 6h. Aujourd’hui nous allons à Set Net Point, autre communauté isolée, au bord de la mer cette fois.

On a pas été trop secoués par la houle pendant le trajet...

On a eu pas mal de boulot sur cette installation, l’éolienne ne fonctionne plus et je ne sais pas très bien pourquoi. Apparemment il y a une sombre histoire derrière tout ca, un des leaders charismatique de la communauté à été tué (meurtre à Managua, la capitale), il soutenait beaucoup le fonctionnement de l’installation et il semblerait que des composants aient été sabotés, rien de bien clair quoi…
Le travail consistait à former un nouveau comité de gestion, c'est-à-dire sélectionner parmi les villageois trois ou quatre opérateurs en charge de la gestion du système (utilisation de l’énergie et maintenance). On a aussi mis en place un système de mesure du potentiel éolien sur le mat de l’éolienne.


Et puis vers 15h on est parti, mais pas dans la direction de Pearl Lagoon, dans la direction du large, où se trouve quelques petites iles éparpillées, les Pearl Cays. Depuis notre arrivée j’en bavait d’envie depuis le rivage, on m’avait dit que l’endroit était plutôt agréable…On ne m’avait pas menti. Les lieux sont simplement paradisiaques. On a passé deux heures la bas, jusqu’au couché du soleil. Je vous laisse apprécier les photos et mesurer comme mon travail ici est rude et harassant. Ce plaindre n’est pas mon genre mais là, quand même, faut pas abuser !


Une fois de retour à Pearl Lagoon, à la nuit tombée, on reçoit un coup fil pour apprendre que le type de l’école est prêt à payer les réparations, donc au boulot demain. On doit aussi aller faire une réparation pour un américain à la retraite qui habite sur la lagune, son système d’énergie renouvelable solaire-éolien ne fonctionne plus. Je suis choisi avec un autre gars pour aller là bas.
Vers 10h le lendemain notre américain c’est pointé. On met une demie heure de Panga pour aller chez lui. Ce gars est en train de se construire une maison gigantesque sur un endroit magnifique appelé Table Point, qui donne sur la lagune. Il a acheté le terrain il y a cinq ans, c’était de la jungle à l’époque.

On a passer trois ou quatre heures a bosser sur son systeme pour enfin trouver la panne, mais on a rien pu faire et on a ramener la pièce cassée avec nous. C'est une équipe qui est venue spécialement des états unis pour lui installer tout ca, que du matériel américain livré par bateau dans un recoin perdu des caraibes, j'ose pas imaginé la fortune que ca a du lui couter... en meme temps on est au pays des pirates, qui sait, il a peut etre trouvé un coffre bien garni en défrichant à la machette son bout de terrain...

Et puis on a finalement passer notre dernière nuit à Pearl Lagoon, apres une soirée au bar, comme d'habitude. On avait un peu de travail à l'école le dimanche matin pour tout finir, et nous sommes enfin rentrés au bercail, usé et heureux.

Voilà, fin des aventures, ce fut cinq jours de travail assez fatigants, mais vraiment riches en découvertes et expériences. Le soir en me couchant je me disais que c'est quand même pas dégeulasse d’avoir un boulot qui ressemble a s'y méprendre aux vacances...

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