samedi 27 septembre 2008

Bluefields

Ca fait un plus de deux semaines que je suis à Bluefields. Je commence doucement à me familiariser avec cette ville, son rythme, son humeur, son caractère. Je vais essayer de vous décrire à quoi ca ressemble, mon but n’est pas de donner une description précise et ennuyeuse mais plutôt mes premières impressions subjectives.


Tout d’abord, pour les cancres en géographie qui situe encore le Nicaragua entre Belize et Lesotho, soit quelque part dans l’océan indien, cadrons un peu les choses. Le Nicaragua est situé entre Honduras au Nord et Costa Rica au Sud et grand comme une demie France (c’est quand même le plus grand pays d’Amérique centrale). Il donne à l’Ouest sur l’océan Pacifique et à l’Est sur l’océan Atlantique, en particulier la mer des caraïbes.

Bluefields se trouve là, au bord d’une lagune vaseuse et trouble bien différente des eaux turquoise des cartes postales, à quelques dizaines de bornes de la frontière du Costa Rica.

Bluefields c’est cet espèce d’endroit perdu en pleine jungle, un bourg égaré coincé entre collines et lagune. La majorité des gens qui naissent à Bluefields y meurent (quelques années plus tard dieu merci) sans s’être beaucoup déplacé. Pas de routes ici, j’ai essayé une fois de marcher jusqu’au bout de la rue qui passe devant chez nous, j’ai du faire deux cents mètres avant que le béton ne s’arrête, abattu et découragé devant l’immense bande de terre rouge et glaiseuse qui s’étalait devant lui. J’ai ensuite marché un peu plus loin sur cette piste, elle se rétrécissait à vue d’œil, mangée lentement par la végétation et les filets d’eau qui ruissellent à chaque nouvelle pluie. J’y ai croisé quelques promeneurs bucoliques, machette à la main et vêtements débraillés, un Cavallero crasseux sur sa monture sale, une mule faible, trottante et fatiguée.

J’arrête là la description. Il n’y a pas de routes pour aller à Bluefields. Pas de routes pour sortir non plus. La seule liaison avec « autre part que Bluefields » est assurée grâce à la rivière qui vient d’El rama par des Panguas de vingt passagers et une barge de transport de matériel. Il y à aussi, petit détail, un petit aéroport avec un petit avion russe (comprendre vieux et déglingué) qui fait la liaison jusqu’à Managua.

On peut dire que Bluefields est, un peu, hors du monde.

Ajoutons à ça quelques autres ingrédients.

Un rythme de vie franchement Caribéen duquel l’adrénaline a été à tout jamais bannie. Un beat Raggaton généreusement diffusé à tout le quartier en continu par une sono infatigable. Une population hétérogène de mestizos et d’Afro descendants d’esclaves, dont l’assiduité, l’ordre et la discipline ne sont pas les caractéristiques premières. Un ouragan, un tremblement de terre ou un glissement de terrain dès que la proportion de baraques en dur dépasse celle des cabanes en tôles. Un soleil de plomb qui frappe à coups répétés tout ce qui essaie de se tenir au dessus de 20cm du sol. Des pluies lourdes et drues qui tombent tel un brouillard liquide et empêchent de voir au-delà de la rue la maison des voisins…

Voilà, vous y êtes je pense. Vous avez a peu près en tête l'endroit où je vis. Je me plais bien ici...

jeudi 18 septembre 2008

Le travail, c'est la santé

Déjà Jeudi et je n'ai rien mis dans mon blog depuis 4 jours. J'imagine le surfeur de l'immense océan internet qui accoste sur ma petite ile et constate avec déception que rien n’a changé depuis la dernière fois… J’y remédie, chers amis, le visiteur faut en prendre soin et être hospitalier, que diantre

Lundi, nous, les petits nouveaux volontaires plein de bonnes volontés, d’idées fraiches et d’envie de renverser les montagnes sommes passés en entretien devant les directeurs du projet.
C’est bien parce qu’on a pu savoir ce qui nous attendait plus précisément, définir nos activités et responsabilités, bref, notre poste.

Pour ma part je vais me concentrer essentiellement sur la technique des éoliennes. Comme je suis maintenant expérimenté avec tout ce que j’ai pu faire au Sénégal, les chefs du projet me laissent un peu les mains libres. Je collaborerai avec les volontaires qui bossent sur des thématiques techniques précises. Je vais pouvoir toucher à tout, coordonner un peu les recherches, approfondir par ci par là ce qui m’intéresse et partager les avancées de chacun.

Je vais aussi être en charge de l’installation des nouvelles d’éolienne dans les villages, apparemment il y en a un certain nombre de prévu à partir de décembre.

Je ferai aussi petit à petit de la relation avec les communautés villageoises bénéficiaires des éoliennes déjà installées, une fois que j’aurai fais connaissance avec les villageois et que je maitriserais mieux la langue.

Bref, tous ces détails fort ennuyeux pour dire que tout cela est très excitant. Je sens que je vais apprendre énormément et c’est motivant.

Et puis cerise sur le cadeau, un spécialiste mondial des petites éoliennes, que dis-je, le grand guru, le dieu vivant de tous les bricoleurs d’éolienne de ce bas monde, celui devant lequel les ventilateurs s’arrête de souffler, j’ai nommé Mister Piggott, arrive au Nicaragua bientôt pour 3 semaines d’ateliers avec nous. Je dois organiser en partie sa visite et on aura le temps de bien le connaître et d’apprendre des tonnes de choses…nice

Pour le reste du train train quotidien assez peu de nouveau, les journées sont bien remplies par le travail, on passe beaucoup de soirées entre volontaires, repas, bière, musique et langues étrangères. Je maudis parfois la vanité des humains d’avoir voulu construire cette maudite tour de Babel, mais apprendre de nouvelles langues est utile et c’est plaisant de voir que ca progresse peu à peu. Et puis y a une grande richesse culturelle parmi nous entre l’humour Irlandais, la spontanéité Américaine, la simplicité Equatorienne, le tout additionné des individualités de chacun. Ca stimule d’autant plus à maitriser anglais et espagnol, les clés de ces nouveaux mondes.

Bon, j’en ai un peu marre d’écrire et ce message est déjà bien assez long pour vous décourager.
La prochaine fois je parlerai des mœurs caribéennes que je commence tout juste à appréhender et ca ne manque pas de piment…j’atterri parfois d’une autre planète, moi qui suis tant imprégné de culture musulmane…

Allé, bises pleines d’amitié à tous. A très bientôt

dimanche 14 septembre 2008

Les débuts

Maintenant quatre jours que je suis à Bluefields. Je vais essayer de vous raconter les débuts ma vie dans la mesure ou je commence à connaitre un peu et avoir des histoires à raconter.

Tout d’abord Bluefields. Cette ville compte environ 50 000 habitants, repartis entre les mestizos (métis locaux et espagnol) et des descendants d’esclaves nègres avec toute une palette de couleur allant de l’amérindien central clair au noir profond d’Afrique.
A Bluefields, les gens parlent espagnol ou anglais, en général pas mal de gens se débrouillent bien avec les deux (mieux que moi en tous cas). Il s’agit en fait d’un anglais créole avec des mots très mangés et déformés, des sonorités Jamaïquaines ponctuée de « Yeah Man » fréquents puisque j’ai l’impression qu’ils remplacent la ponctuation…
Voilà une photo d’un type du coin et je crois que je peux me passer de commentaire…

Voici un petit exemple des rues et de l’architecture locale :

Nous sommes actuellement si je ne fais pas d’erreur 14 volontaires à travailler pour BlueEnergy. 7 français, 5 américains, 1 équatorien, 1 irlandais, plus un chef de projet américain, et environ 7 ou 8 nicaraguayens worker à l’atelier. Eh oui, ca commence à faire du monde. L’effectif tourne pas mal entre les gens qui reste 6 mois, un an, les nouveaux venus, etc.

J’habite dans une petite maison louée depuis peu par BlueEnergy pour faire face au nombre de volontaire croissant. Cette maison n’a jamais été habitée, l'équipement est assez spartiate : 2 chambres avec lit superposé, 2 éviers, un WC et un tuyau en hauteur duquel coule un filet d’eau que l'on peut appeler la douche. Je vis dans cette maison avec Cormack l’irlandais (à droite sur la photo) et Scott l’américain.

On prend les petits déjeuners dans la maison d’à coté où loge deux américaines et un français. Les repas du midi et du soir sont pris dans la grande et plus ancienne maison de BlueEnergy où vit le reste des troupes.

Voici la photo du monstre qui garde notre logis, et celle Piña, la femme de ménage avec un de ces deux enfants.


Voilà pour la partie descriptive et pratique de ma nouvelle vie. Plutôt chiant mais nécessaire. Il est indispensable de cadrer le référentiel où se déroule l’expérience, tout bon physicien vous le dira cher lecteur.

Hier on était à la plage. Bluefields donne sur une lagune crado alors pour se baigner il faut aller à El Bluff, ca prends 10 min en Panga et ensuite on peut jouir d’une mer plutôt agréable mais pas paradisiaque non plus…

On était une dizaine à passer la journée et la nuit là bas pour le départ de nos deux voisines américaines la semaine prochaine. Une dizaine de gringos bien accompagnée par le rhum local. Je vais faire des jaloux mais la boisson alcoolisée que l’on trouve le plus facilement ici hormis la bière est la Flor de caña, un rhum ambrée de 7 ans d’âge, complète hallucination gustative pour une ébriété douce et planante, un vrai rêve…

La journée c’est plutôt bien passée dans cette mer avoisinant les 30°. La nuit aussi. Enfin en partie. En fait, tant que le vent soufflait les insectes locaux appelés « sand fly » ne sortaient pas. Mais vers 4h du matin quand les alizées ont faiblis, elles sont toutes sorties du néant pour se ruer sur nous telle une légion infernale de monstres apocalyptiques, et je n’exagère rien. Essayez d’imaginer un nuage d’effroyables bestioles volantes d’un cinquième de centimètre qui piquent comme si on vous plantait une petite aiguille dans la peau. Quand on se prend 1 à 2 piqures par seconde ca devient carrément insoutenable et à moins d’avoir un flegme de fakir (ou 2 litres de Flor de cana dans la barrique) c’est un truc à devenir maboul. Heureusement, elles ne piquent pas dans l’eau et on a tous trouvé refuge dans les flots salvateurs jusqu’au levé du soleil et notre retraite cavalante de ce lieu maudit.

J’espère maintenant que toutes les plages du coin ne sont investies mais mes sources semblent indiquer que si en bonne partie…

Ainsi s’achève un week end fatiguant puisque le sommeil s’était drôlement bien planqué avant les sand fly et je n'avais pas vraiment réussi à le trouver, perché dans mon hamac de plastique (made in Bluefields en sac de riz)...

Me reste a vous souhaitez un bon début de semaine à tous et j'espère recevoir encore de vos nouvelles. Muchas Gracias a ceux qui m’ont laissé des petits mots.

jeudi 11 septembre 2008

Nantes-Bluefields 2ème et dernière étape

Hier j’ai fais le voyage pour aller à Bluefields. Levé à 5h du matin (en même temps que le soleil) pour être al Mercado Mayoreo et pouvoir acheté mon billet à temps car le départ est prévu à 6h.
Je trouve le bus sans problème, direction El Rama, étape terrestro-fluvial de mon voyage, car là bas je descendrai du bus pour prendre un bateau pour les 2h de trajets restant…
Je monte donc dans mon bus et première surprise, il y a de la place. Pas de 5ème personne assise sur un strapontin dans l’allée centrale comme au Sénégal. On devait être 40 dans le bus au maximum, soit 20 de moins que ce que peux embarquer un car Sénégalais de 20 ans de plus. Comble du luxe, deux télévisions accrochées sous les rangements à bagages, machines arrogantes défiant la loi de la gravité sur leurs petites sangles usées. Deuxieme suprise, le bus est parti à l’heure ! C'est fou comme je me sens dépaysé ici...


Bref le voyage s’annonce tout confort si l’on omet la forte odeur d’oignon en macération…y en avait de gros paquets derrière les sièges du fond.
Puis le bus est parti et à peine sorti de Managua c’est devenu onirique et paradisiaque. Une végétation luxuriante, des montagnes, du soleil…Je vivais de l’intérieur un reportage de faut pas rêver. Amérique centrale, volcan et vapeur d’eau. Campesino au chapeau cabossé et à la peau tannée qui siffle un grand coup de l’arrière du car pour signifier qu’il veut s’arrêter là. Imaginer la musique latine à fond dans le bus et vous y êtes…






Enfin après 8 heures de trajets je suis arrivé à El Rama et j’ai du attendre encore deux heures et demie avant que la pirogue ne parte. De pirogue on pourrait plutôt parler de hors de bord. Ici on appelle ça una Panga. Faut imaginer une petite coque en plastique, un pilote d’un mètre 90 avec des tatouages avec un air pas très comode et un gros, très gros moteur avec écrit YAMAHA dessus…ca va plutot vite et l’avant du bateau se soulève d’un mètre cinquante quand le type mets les gaz à moitié.
Ceci dit on a quand même pu admirer le paysage, du genre reportage télé aussi mais plutôt du style Ushuaïa (moins sociale et plus nature brute que faut pas rêvé…). Je vous laisse admirer les images. On voit qu’y a des petits coins sur terre pas trop dégueu où planter sa cabane à piloti et couler des jours heureux...







Après 2 heures de vent à travers la face et de carte postale à travers le nerf optique nous sommes enfin arrivés à bon port, celui de Bluefields en l’occurrence.

Ce pays à l'air beau comme tout, calme et grandiose, reposant et puissant ; je vais essayer de profiter de mes vacances pour aller me ballader dans les montagnes, au frais peinard.

C'est la fin de mon récit itinérant, je vous raconterai dans un prochain message les débuts de ma vie ici.

Hasta la proxima todos y muchos besos

mardi 9 septembre 2008

Bonne arrivée Toubab

Eh oui, bonne arrivée comme on dit en Afrique! Me voilà en place, entier et sauf, Alhamdoulilah!
Pour les quelque'uns qui se sont inquiétés, le voyage c'est très bien passé, 23h de trajet sans interruption (entre 5h du mat et 21h heure locale), et aucun retard sur les trains et avions donc tout s'est bien emboité.
Je flippais un peu aux USA parce qu'on sait tous qu'ils sont un tantinet nerveux concernant l'immigration. Formulaires à remplir, déclarations de douanes et autres questions (du genre : préparez vous une attaque terroriste? avez vous déjà menti pour rentrer en fraude sur le territoire des états unis? etc). Le tout en anglais avec un accent affreux (je suis tombé sur un policier hispanique) bref, j'ai eu un peu peur qu'ils me retiennent de trop pour vérifier si je transportais pas du saucisson et du camembert (ce qui était le cas) ce qui m'aurait fait raté mon avion pour Managua car la correspondance était vraiment courte.
Heureusement, rien de tous ça et 4 heures plus tard j'atterrissais à Managua. J’ai même été un des premiers à retrouver mes bagages et un gentil Taxidriver m’attendant à la sortie avec un panneau "Clément Joulain - BlueEnergy". La vie est belle quoi!

Le brave homme m’a emmené directement dans la maison de BlueEnergy à Managua et j’y ai trouvé Guillaume, un des responsables du projet qui a pour qualité principale d'être trilingue, Maya une américaine très gentille mais qui parle américain, un gardien autiste qui regardait une télénovelas apparemment poignante, un lit et une douche.

Malheureusement je n’ai pas de photo à vous montrer car je n'ai pas encore dégainé mon appareil mais ca n’empêche pas de vous donner quelques impressions.
Au premier abord, par rapport au Sénégal, je trouve ca plutot développé : les voitures roulent sans grincer, couiner et fumer, et les routes semblent en bon état. Ce matin je suis allé faire un tour dans un centre commercial tout à fait moderne pour m’acheter une carte sim et un adaptateur électrique. Dans la rue quelques vendeurs ambulants et de vieux cars de transport scolaire américains reconvertis et repeint kitch. En parlant d'Amérique je sens ici clairement l'influence des USA, publicités gigantesques, fast food et tubes néons. American way of life...

A propos du climat la chaleur est assez écrasante, il doit faire dans les 30°C minimum et sous le soleil c'est infernal. L'environnement est très vert, j’en suppute qu'il pleut souvent. Je vous raconterai si je me prends une averse ces jours ci. C'est probable car il y a en ce moment meme un sacré tonnerre.

Enfin, dernier gros point, la langue. Les gens ne semblent pas vraiment parler ni comprendre l'anglais, le français j'essaie même pas. Alors je tente de me débrouiller en Espagnol. En général, je prépare ma phrase d'approche un long moment avant d'adresser la parole à quelqu'un. Je me lance, souris et précise que je parle pas très bien la langue, attention bien inutile j’en conviens.
On me répond alors dans une langue incompréhensible au débit rapide. C'est de l'espagnol, mais différent du miens, et mon sourire avenant ce transforme alors en sourire niais et impuissant. A partir de là deux cas de figure dans cette tentative de dialogue:
1 - je me lance dans une impro acrobatique et décousue et c’est mon interlocuteur qui me prend mon sourire niais et impuissant
2 - je me tais et je hausse les épaules. Gracias y adios.

J’en rajoute un peu car ce matin j’ai quand même réussi à trouver ce que je cherchai...

Voilà pour l’instant, il y a 8 heures de décalage par rapport à la France, ici c’est la mi-journée.
Demain je vais prendre le bus et la pirogue pour traverser le pays et atteindre Bluefields, mon lieu d’asile pour cette année, si je ne décide pas de rester une journée de plus à Managua. Et cette fois ci je prendrai des photos, promis.

Je vous embrasse tous bien tendrement et vous dis à très bientôt.
Laissez moi des commentaires ca fera plaisir.

dimanche 7 septembre 2008

Les départs, c'est bizarre

Hier soir c'était la grande fête pour mon départ et ca m'a fait super plaisir de voir tout ce monde réuni pour moi (enfin surtout pour les bières en vérité). 35 abrutis alcoolisés dans la maison et seulement un pot de fleur de cassé, incroyable!

Tout ca m'a un peu touché en vérité




Ce soir un petit cafard me gratouille le coeur et puis Maman a les yeux humides quand elle me regarde, ca n'arrange pas les choses... Le départ me stress un peu, je me demande comment je vais faire si il y a des imprévus, j'ai un peu peur sans raison, je redeviens comme un gamin qui perd tout confiance en lui avant une épreuve...pourtant y a pas de raison...

Enfin ca y est, j'ai quand même dis au revoir à tout le monde pendant cette fete ou au téléphone tout à l'heure. A moi l'amérique. Je la veux, et je l'aurai comme disait Joe.