Tout d’abord, pour les cancres en géographie qui situe encore le Nicaragua entre Belize et Lesotho, soit quelque part dans l’océan indien, cadrons un peu les choses. Le Nicaragua est situé entre Honduras au Nord et Costa Rica au Sud et grand comme une demie France (c’est quand même le plus grand pays d’Amérique centrale). Il donne à l’Ouest sur l’océan Pacifique et à l’Est sur l’océan Atlantique, en particulier la mer des caraïbes.

Bluefields se trouve là, au bord d’une lagune vaseuse et trouble bien différente des eaux turquoise des cartes postales, à quelques dizaines de bornes de la frontière du Costa Rica.
Bluefields c’est cet espèce d’endroit perdu en pleine jungle, un bourg égaré coincé entre collines et lagune. La majorité des gens qui naissent à Bluefields y meurent (quelques années plus tard dieu merci) sans s’être beaucoup déplacé. Pas de routes ici, j’ai essayé une fois de marcher jusqu’au bout de la rue qui passe devant chez nous, j’ai du faire deux cents mètres avant que le béton ne s’arrête, abattu et découragé devant l’immense bande de terre rouge et glaiseuse qui s’étalait devant lui. J’ai ensuite marché un peu plus loin sur cette piste, elle se rétrécissait à vue d’œil, mangée lentement par la végétation et les filets d’eau qui ruissellent à chaque nouvelle pluie. J’y ai croisé quelques promeneurs bucoliques, machette à la main et vêtements débraillés, un Cavallero crasseux sur sa monture sale, une mule faible, trottante et fatiguée.
J’arrête là
On peut dire que Bluefields est, un peu, hors du monde.
Ajoutons à ça quelques autres ingrédients.
Un rythme de vie franchement Caribéen duquel l’adrénaline a été à tout jamais bannie. Un beat Raggaton généreusement diffusé à tout le quartier en continu par une sono infatigable. Une population hétérogène de mestizos et d’Afro descendants d’esclaves, dont l’assiduité, l’ordre et la discipline ne sont pas les caractéristiques premières. Un ouragan, un tremblement de terre ou un glissement de terrain dès que la proportion de baraques en dur dépasse celle des cabanes en tôles. Un soleil de plomb qui frappe à coups répétés tout ce qui essaie de se tenir au dessus de 20cm du sol. Des pluies lourdes et drues qui tombent tel un brouillard liquide et empêchent de voir au-delà de la rue la maison des voisins…
Voilà, vous y êtes je pense. Vous avez a peu près en tête l'endroit où je vis.
Voici un petit exemple des rues et de l’architecture locale :
Nous sommes actuellement si je ne fais pas d’erreur 14 volontaires à travailler pour BlueEnergy. 7 français, 5 américains, 1 équatorien, 1 irlandais, plus un chef de projet américain, et environ 7 ou 8 nicaraguayens worker à l’atelier. Eh oui, ca commence à faire du monde. L’effectif tourne pas mal entre les gens qui reste 6 mois, un an, les nouveaux venus, etc.
J’habite dans une petite maison louée depuis peu par BlueEnergy pour faire face au nombre de volontaire croissant. Cette maison n’a jamais été habitée, l'équipement est assez spartiate : 2 chambres avec lit superposé, 2 éviers, un WC et un tuyau en hauteur duquel coule un filet d’eau que l'on peut appeler la douche. Je vis dans cette maison avec Cormack l’irlandais (à droite sur la photo) et Scott l’américain.
On prend les petits déjeuners dans la maison d’à coté où loge deux américaines et un français. Les repas du midi et du soir sont pris dans la grande et plus ancienne maison de BlueEnergy où vit le reste des troupes.
Voilà pour la partie descriptive et pratique de ma nouvelle vie. Plutôt chiant mais nécessaire. Il est indispensable de cadrer le référentiel où se déroule l’expérience, tout bon physicien vous le dira cher lecteur.