samedi 7 février 2009

Petit message personnel

Cette fois je ne vais pas parler d'un des aspects du pays ou de la dernière anecdote de Bluefields.
J'en profite pour envoyer des nouvelles plus personnelles et vous raconter un peu plus en détails comment je vis mon expérience ici. Après 5 mois, soit quasiment la moitié de mon temps à blueEnergy, c'est le moment idéal pour faire un petit bilan !

Alors, par quoi commencer...

Bon, déjà, je ne peux pas dire que je me sente mal ici, tout va pour le mieux dans mon monde Caribéen, où la crise mondiale qui fait des ravages partout à du nous oublier (tout comme le développement économique d'ailleurs), où le soleil brille avec régularité et application, où les chiens sont toujours aussi vérolés et où la musique s'écoute très, très fort...
Enfin, je m'égare. Je me sens très heureux ici, disais je. La cote Caraïbe du Nicaragua est facile à vivre, le climat y est excellent, quoi qu'un peu violent et lunatique sur les bords.
Au niveau professionnel, le boulot est très enrichissant d'un point de vu non financier. J'en apprends toujours plus sur les énergies renouvelables et les méthodologie de projet dans les pays en développement. Les activités sont super variées, entre la recherche & développement, le travail manuel à l'atelier, les activités commerciales de création de devis et de réunion client en chemise blanche, les nuits dans les hamacs lors des voyages en communautés.

Concernant les langues étrangères aussi le plaisir est grand de se débrouiller de mieux en mieux. Quelle victoire de se faire comprendre a la fin d'une phrase et de pouvoir répondre quelque chose de lié à la phrase précédente de son interlocuteur quand on vous adresse la parole ! J'en arriverai presque, armé de mon vocabulaire de primate en phase évolutive, à me lancer dans des discussions philosophico-intello tellement je suis parti de bas ! Et puis, le rire n'a pas de frontière et ça à le mérite de m'apprendre a faire des blagues courtes et plus gestuelles.

Pour en venir aux choses plus terre à terre du quotidien, parce que c'est important aussi, je vis depuis 3 mois maintenant dans une chambre à moi dans une petite maison à l'écart de la foule des volontaires de blueEnergy (on est 18 en tout en ce moment). Je partage la maison avec Hervé et on à une cuisine depuis 10 jours, c'est fou comme ça change la vie et comme il y a de plus en plus de gens qui viennent prendre un verre ou partager un repas ! Je constate que la bouffe est un formidable accélérateur social !

Pour les week end je m'occupe avec des nuits dansantes et arrosées, des grasses mat', un peu de boulot parce que y a toujours un truc à finir ou à commencer, pas mal de glande autour d'une table, d'un repas ou d'un café, des parties de fléchettes et des discussions à refaire le monde. Le temps passe vite dans ces conditions et mine de rien la petite routine s'installe...

Le mal du pays ne m'a pas encore frappé, et les doses de France injectées en continu par l'entourage des volontaires Français (50% du total), la langue et la cuisine me font douter de le connaitre un jour.

Coté cœur rien de bien sérieux à l'horizon. Quelques aventures régulières et divertissantes agrémentent mon célibat. La dernière en date, Sara, est parti ad vitam eternam à Managua pour trouver du travail. Après 3 semaines et 6 d'entrevues il fallait prendre nos distances, ca commençait a devenir trop intense et sérieux tout ça...

Sinon la santé est bonne, Alhamdoulilah, j'ai décidé de manger moins de viande en 2009 et cette semaine on était 3 à faire une mono-diète de banane pendant 3 jours. Un dur moment à haïr les bananes fadasses et à parler en continu de bonne bouffe, de plat succulent, de sauce et de rôtisserie. Mais on a relevé le défi et on s'est levé à 7h jeudi matin pour casser le jeun en se cuisinant des pâtes fraiches avec une sauce tomate-carotte-oignon à tomber par terre. On a touché le paradis du doigt et on l'a même caressé un bon moment, le sourire béat aux lèvres et le ventre dilaté...

Voilà, je crois avoir fait a peu près le tour de la question pour le positif car je voulais aussi parler des trucs qui m'énervent parce que faut pas croire que tout est rose non plus.

Alors j'en ai marre des gens apathiques de Bluefields qui vivent coupés du monde et du reste du Nicaragua, dans ce recoin à la frontière de la jungle et de l'océan, sans curiosité et placides observateurs du temps qui passe et de la pluie qui tombe à cause de la loi de la gravité universelle.

J'en ai marre aussi de la vision Américano-mégalomanique des directeurs de blueEnergy qui dirigent l'ONG à des fins ambitieuses. Le directeur exécutif de "blueEnergyGroup", qui vit a San Francisco, défini son activité comme de "l'entreprenariat social"... bref, Bigger, Faster, Stronger, tel est la devise. Pauvre Clément le petit décroissant qui veut faire des éoliennes avec des bouts de cartons et des boites de conserve, et qui calcule le rejet de CO2 de son trajet France Nicaragua quand le projet nécessite une bonne cinquantaine de vols par an...

J'en ai marre de la connexion internet style tortue paraplégique, des coqs qui hurlent de manière désynchronisée des sons affreux toute la nuit, de ne gouter au chocolat qu'une fois par mois...

Bon, je vais finir là dessus car ça n'a pas grande importance... bref, il faut juste retenir que ça roule pour moi ici et qu'il me manque juste vos nouvelles et vos mails qui tomberaient comme la pluie des Caraïbes. Je compte sur ce message pour provoquer un élan solidarité généralisée vers ma boite aux mails.

Je vous embrasse tous bien fort.

Clément

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