lundi 8 juin 2009

Clément in Monkey Point, Episode I

Parti pour une mission de boulot de 3 semaines environ, j'ai retrouvé le monde merveilleux et envoutant de Monkey Point, petite communauté Créole cernée de jungle et d'eaux salées. Reportage au bout du monde : le poids des mots, le choc des images !

Le but du séjour était, les 2 premières semaines, d'installer des systèmes d'éclairage dans les foyers Monkeypointenos.

Deux formules au choix :

La première, un système composée d'une grande batterie 12V qui alimente 2 lampes durant les soirées et sur laquelle on peut aussi brancher une petite télé (ce qui séduit beaucoup évidemment) ou une radio. Il faut amener la batterie une fois par semaine au centre de charge, à dos d'homme, donc le systeme se destine plutot aux gens 'du centre ville'. Le centre, alimenter par des panneaux solaire et une éolienne, facture 2,5$ par mois les 5 recharges. De l'argent pour assurer un minimum de maintenance...



La deuxième formule, orientée autonomie et paresse, est composée d'une petite batterie, rechargée par un petit panneau solaire individuel. Mais pourquoi tout est petit, me dirons les petits curieux ? Parce que les lampes utilisées sont des LED blanches, très peu consommatrices en énergie par rapport au niveau d'éclairement, pardi ! La haute technologie adaptée aux plus pauvres, en somme.

Nicolas, le poteau solaire et les Ramas/Créoles de Monkey Point

La petite batterie du systeme LED/solaire, pris dans son environnement naturel

Coté financier, les systèmes sont pour les deux tiers pris en charge par nos bailleurs, les Américains et Européens qui donnent les sous pour réaliser nos projets. Le tiers restant, soit $65, est la charge de la famille, à payer en liquide ou sous forme de micro-crédit.


La fée électricité entre dans les foyers (photo non truquée prise au 21ème siècle). Le luxe de la lumière électrique pour les gens qui n'avait pas connu mieux que la lampe à pétrole depuis...toujours, ça change la vie !


Pour nous aussi, les chanceux petits installateurs, ça aura été de bons moments, joyeux et touchants aussi. Ca fait du bien de se sentir plus utile et bosser directement pour le "Nicaragua d'en bas", pour reprendre le haut verbe d'un ancien premier ministre Français .

Je retiendrais surtout de ces deux semaines, l'installation tous ensemble chez Julia, après 45 min de marche sur des plages magnifiques :

L'équipe de chantier dans le dur labeur quotidien des métiers de l'énergie. En voyant cette image, le parallèle est direct : Germinal, les mineurs du nord, le froid et la fumée...


La vue de chez Julia. Le plus proche voisin n'est pas visible sur la photo et un panoramique n'y aurait rien changé.

Encore plus fort, la journée chez Israël. On marché une heure et demie dans la jungle pour arriver chez lui, avec l'aide de son cheval qui portait les outils. Je ne lui ai pas demandé en arrivant pourquoi il n'avait pas choisi le système avec la grosse batterie.
Le pire c'est qu'il m'a raccompagné pour rentrer. En tout 6h de marche à un solide rythme dans les jambes et je suis sur qu'en rentrant il a du rentrer une stère ou deux de bois avant d'aller au lit, pour se détendre les bras. C'est des brutes, les gens de là bas...increvables...

La semaine suivante de mon séjour à été consacrée à la formation de la commission énergie de Monkey Point, en charge de la maintenance basique de l'éolienne et des panneaux solaires qui servent à charger les grosses batteries.

C'est tranquillou formateur. Au boulot les mains dans les poches.

Là aussi, je me ménage pour la suite

Enfin, a coté de tout ce boulot assomant et abrutissant, pauvre de moi, il y a tous les petits moments qui font le quotidien et qu'il ne faut pas oublier.

En vrac, et du coté galère:

- Allumer le feu pour le café du matin avec du carton mouillé, ou faire les pâtes du soir en 60 min car le feu, je l'ai constaté assez rapidement, ça ne brule pas si régulièrement que le gaz. (En plus de faire plein de fumée qui pique les yeux)
- Aller chercher de l'eau à la source, de l'autre coté de la communauté. Cinq minutes pour remplir son bidon au mince filet d'eau, à la merci des taons abrutis et obstinés comme un supporter du FCNA.
- Se trimbaler à pied une batterie qui rappelle à chaque pas la très haute densité du plomb, dont elle est, je le précise, composée à plus de 50%. Pour ensuite, arriver épuisé dans une petite maison termorégulée à 35° et 90% d'humidité. Incroyable le nombre de tee-shirts que j'ai pu trempé.
- Les plaies qui s'infectent en jouant les Zidanes sur la plage avec les gamins. L'honneur footbalistique de la France est sauf, evidemment, mais j'ai réalisé trop tard que je n'avais pas des pieds en cuir tanné pour jouer sur une plage jonché de troncs d'arbres, de débris de machette afutés et de dents de requin taupe géant (espèce locale encore méconnue).
- Le gallo pinto le matin, le gallo pinto le midi, le gallo pinto le soir.

Et coté bons moments :

- Lever la tête en desserrant un boulon de l'éolienne, pour à chaque fois se faire surprendre par la vue majestueuse sur la mer, ses couleurs frappantes et sentir le petit vent du large me passer la main dans les cheveux, amicalement.
- Les petites siestes dans mon hamac, à l'ombre d'un manguier. Peinard.
- Les bains de mer en fin de journée, l'eau silencieuse, calme et douce, la plage vierge et un dauphin qui passe au loin dire bonsoir...kakaka kakak kak...
- Du temps libre pour rêvasser, rien foutre, bouquiner, penser à des choses et se rappeller des trucs.

Et voilà, on arrive à la fin de l'épisode I des aventures de Clément à Monkey Point. Dans le prochain numéro retrouver des intrigues palpitantes, de l'amour, des conflits politiques et encore plein d'autres choses incroyables... So, stay tuned...

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