lundi 13 juillet 2009

Comment fonctionne une éolienne ?


Allez, je vais vous parler du boulot. Ça faisait longtemps. Je vais même faire un peu de technique. Je sais, je sais, le sujet est sensible. Je suis par avance désolé pour les handicapés de la Physique-Chimie, ceux qui pensent que Newton est le premier anglais à avoir marcher sur la lune et qui croient encore que la terre est plate. Mais allez, ne pleurez pas avant d'avoir mal, raisonnez-vous et retirez doucement votre souris de la petite croix rouge en haut à droite. Je vais faire léger, promis.
Je voulais vous parler plus en détails de l'éolienne que nous fabriquons ici. J'en ai déjà dit quelques lignes dans un précédent post, elle à été conçue, développée et perfectionnée au fil de vingt ans d'échecs et d'accidents par Hugh Piggott, un écossais qui est venu nous rendre visite à Bluefields en Novembre dernier (voir message "on a un invité").
Autour de lui s'est créé un petit monde de gens plus ou moins allumés, rêveurs, utopistes et bricoleurs. Des anglophones pour la grande majorité. Hugh nous a dit avoir tiré le manuel de fabrication de ses petites éoliennes à plusieurs milliers d'exemplaires. Un monde pas si petit que ça en fait...
La grande force du concept, c'est que Hugh partage toutes ses connaissances avec qui veut bien les recevoir. Il vend son manuel (les saintes écritures, devrais-je dire) avec les plans détaillés et tous les petits secrets de fabrication pour quinze malheureux euros. Il anime une demie douzaine de stage par an, répond sans faute par mail aux questions les plus absurdes. Le Guru se donne la peine d'être professeur, et c'est ça qui est très fort finalement.
Ce modèle de petite éolienne, Hugh Piggott l'a conçu dans son coin d'Écosse reculé. Une presqu'ile isolée, au nord de tout. Vous savez, avec les nuits d'hiver qui durent plus de vingt heures, le thermomètre qui ne monte jamais au dessus de 12° en aout, et des vents désespérément endurants. Les heures et les heures de vent qui ont soufflé sur cette petite machine ont eu raison des artifices superficiels et des appendices inutiles. St Exupery disait que la perfection n'était pas atteinte quand il n'y avait plus rien à ajouter, mais quand il n'y avait plus rien à enlever.
Et la tâche n'est pas facile. Un petit calcul simple le montre. Non, ne criez pas ! Il n'y a pas d'intégrale triple ni de polynôme du septième degré. Une voiture, produit technique très évolué issu d'un bon siècle de torture de cerveaux d'ingénieurs, à une durée de vie d'environ 300 000 km. A 60 km/h de moyenne, ça ne fait somme toute que 5000h de fonctionnement. Une éolienne, quant à elle, est au service à une vingtaine de mètres au dessus du sol, 80% du temps au moins, soit 7000h par an. Sur 20 ans, ça en fait des heures (en fait 28 fois le temps d'utilisation d'une voiture), et cela sous la pluie, dans la neige et la tempête. On comprend alors pourquoi simplicité et robustesse sont les mots d'ordre pour nous.
L'éphémère et l'éternel
Le design Piggott est donc une petite merveille de simplicité et présente le gros avantage de pouvoir être construit localement sans gros moyens ni savoir-faires. C'est là que ça devient intéressant. Outillage basique + produits accessibles localement + savoir faire maitrisable, voilà la formule de base de la sacro-sainte « technologie adaptée », concept si cher au monde du développement. Comme quoi l'approche des hippies anglais des seventies s'applique plutôt bien au contexte des pays en développement.
Du coup, presque partout sur le globe, des initiatives sur le thème sont apparues. Outre le projet auquel j'ai participé au Sénégal et ce que nous faisons aujourd'hui à blueEnergy, il y a les mêmes initiatives au Cameroun, au Mozambique, en Inde, à Madagascar, en Afghanistan, au Ghana, au Pérou. Et la liste n'est pas exhaustive.
Mais revenons a notre sujet technique, a force de digressions je ne vais jamais boucler le programme. Allons-y pour un petit tour technique plus détaillé de cette machine à fabriquer de l'électricité.
Les pales :
Gilberto, notre menuisier, avec la pale qu'il vient de terminer
C'est le moteur de l'éolienne. Plus elles sont grandes, et plus on récolte de vent. C'est la garantie de moissons énergétiques généreuses. Sur notre modèle, on en utilise trois, taillées dans de grosses planches de bois. Compter une semaine de boulot pour un menuisier pour réaliser un jeu complet.
La génératrice :
C'est le principe inversé du moteur, au lieu de mettre de l'électricité en entrée pour que ça tourne en sortie, on fait tourner un entrée pour produire de l'électricité en sortie. Dans notre cas, la génératrice à une forme un peu bizarre.
Voilà la bête
On la fabrique entièrement sur place dans notre atelier. La partie mobile est faite de disques d'acier sur lesquels sont collés des aimants permanents très puissants.
La partie statique, dans laquelle est créée l'électricité, est faite de fil de cuivre enroulés en bobines.

Le corps :
Mangez, ceci est mon corps
Ne cherchez pas, c'est juste des bouts de tubes et des morceaux de ferraille soudés ensemble. Un axe de roue de voiture, universellement disponible, bon marché et résistant, est utilisé pour laisser tourner les pales et les disques à aimants. A par ça, il n'y a aucun roulements, l'éolienne pivote sur la tour à l'aide de deux tubes glissés l'un dans l'autre, et d'un peu de graisse. Là aussi le but est de faire simple et durable.
Un des disques à aimants monté sur l'axe de roue de voiture
Le safran :
On pourrait croire que c'est une bête plaque de bois suspendue au bout d'un tube métallique qui sert simplement à orienter l'hélice dans le sens du vent. Et bien ça l'est. Mais pas seulement. Un système très ingénieux d'articulation à la base du tube métallique, permet, quand le vent devient trop fort et risquerait de détruire l'éolienne, de « plier » l'éolienne en deux. Ainsi, quand le vent commence à s'énerver, l'éolienne se plie peu à peu jusqu'à ce que l'hélice se retrouve complètement parallèle au safran, et ne reçoive plus toute cette énergie dans le nez. Encore plus génial, quand le vent se calme, la loi de la gravité, si primitive et universelle qu'elle soit, déplie toute seule l'éolienne qui se remet à fonctionner comme si de rien n'était. Magique, non ?
pliée.
dépliée.
Et voilà, c'est tout ! Enfin, il ne faudra pas oublier d'ajouter à tout ça une belle grande tour qui exhibera fièrement notre création aux yeux ébahis des badauds, quelques sales vieilles batteries au plomb et à l'acide (qui ne sont pas vieilles et sales en réalité, mais qui ne sont pas tellement "développement durable") , deux ou trois pelletés de composants électroniques agencés dans des boites de différentes formes et tailles, et le tour est joué! Voilà de l'électricité pour une décennie ou deux!
Enfin, ça c'est pour la théorie. Parce que dans la vraie réalité tout n'est pas si facile. Tout ne tient qu'à un fil. Mais je m'arrête par là, le cours est fini et puis j'en vois qui ne suivent plus au fond...
Et pour ceux qui veulent en savoir plus le sujet, apprenez en plus sur mon site :
http://alizes.jimdo.com/monter-un-projet/eolienne-piggott/

Bonne lecture et bon vent ! 

jeudi 2 juillet 2009

7300 km sur l'atlantique

C'est la distance, le long de l'équateur, de l'immense vide aqueux qui sépare la pointe occidentale de l'Afrique des Caraïbes. 7300km avec aux extrémités deux cultures très différentes. Et rien entre les deux.

Enfin, rien, ce serait omettre les liens tenus et érodés qui flottent presque sans vie sur l'Atlantique. Les liens des noirs avec leur terre d'Afrique qui ont été écartelés à l'extrême il y a quelques siècles. Ces noirs qui ne connaissent rien de "là bas" et auraient déjà tout oublié depuis longtemps, si cette couleur de peau si sombre et intense ne leur rappelait pas chaque jour avec évidence leurs origines. La dernière trace encore tangible d'Afrique que j'ai pu sentir, je l'ai retrouvée dans les musiques et les danses des Créoles.

Mais, en dehors de cette passerelle, ces deux mondes sont bels et bien distincts.

La barrière des langues, malgré le fait que je n'ai pas entendu de Français depuis des lustres dans la rue, est moins raide ici qu'au Sénégal, grâce aux racines latines communes. Même un vieux noir édenté baragouinant un anglais créole au fond de sa communauté est plus facile a comprendre que deux jeunes Sénégalais qui débattent en Wolof.
Cette barrière linguistique des premiers mois est d'autant plus facilement franchie qu'il n'y a pas, contrairement au Sénégal, l'échappatoire du Français pour se faire comprendre, ce qui oblige à faire des progrès rapides !


La question de la religion occupe dans les deux sociétés une place très importante. Au Nicaragua, le culte de base est chrétien, avec des dizaines de variantes très inventives : les Pentecôtistes, les Anglicans, les Évangélistes, les témoins de Jéhovah, etc. Certaines tendances ne doivent pas regrouper plus d'une vingtaine de croyants à Bluefields. Juste de quoi remplir une petite Église, impeccable. C'est croire que chacun essaie d'être original (pour ne pas dire excentrique) dans sa croyance. J'ai trouvé en général les croyances du Nicaragua plus laxistes que l'Islam Sénégalais, et c'est surement renforcé par le l'indifférence tranquille des Costeños.

Une bonne anecdote concerne les prénoms. C'est surement dans ce domaine que se réalise le grand écart entre les deux pays. Au Sénégal, Mohamed, Ababacar, Fatou et une douzaine d'autres prénoms noircissent 80% des cartes d'identité. Au Nicaragua, les proportions sont inverses. Seul le hasard malheureux des probabilités aboutira à trouver un même résultat chez les 80% de gens qui porte un prénom inventé. La méthode courante consiste a prendre la moitié du nom d'un membre de la famille, une syllabe du nom d'un acteur de télenovelas et ajouter aléatoirement des lettres entre les deux pour baptiser son prochain rejeton.

La jeunesse doit surement favoriser cette mode non conformiste, car la grande majorité des filles ont déjà trois enfants avant leur 22 ans.

La recherche d'originalité dans le processus reproductif ne se limite pas simplement aux patronymes. Les métissages sont très appréciés. Les mères exposent avec fierté une collection variée de bambins, du fiston aux yeux jaunes et aux cheveux crépus, à la métisse noir aux cheveux raides. Avec mes yeux vert/bleu et mon long nez, j'ai eu des propositions sérieuses et désintéressées dans l'unique but d'enrichissement du patrimoine génétique.

Les bébés, une fois mis au monde et sevrés, sont confiés dans bien des cas à une grand mère conciliante ou aux parents résignés. Au Sénégal, la mode est plutôt à la fidélité et aux traditions matrimoniales. Ennuyeux, certes, mais ça a surement ses avantages sociaux...

Dans la rubrique des bons cotés du Nicaragua, j'apprécie beaucoup la tranquillité d'une ballade dans les rues et la passivités nonchalantes des vendeurs. C'est une promenade de santé d'aller faire ses courses à Bluefields, après avoir vécu l'enfer du marché Sandaga à Dakar. Là bas, dans n'importe qu'elle situation, a toute heure du jour et de la nuit, il y a toujours quelqu'un pour :
- te rendre un service de manière désintéressée mais moyennant rémunération, parce que, malgré la couleur de peau, on est frère
- te vendre un jeu de cintres en plastique ou une Bretling d'un demi kilo et 18 carats

Ceci fait le charme du pays et sans ce joyeux bordel le Sénégal ne serait pas si attirant, mais je goute quand même a Bluefields la simplicité des relations humaines, comme le fait de pouvoir parler et déconner avec des inconnus dans un taxi, sans avoir le revers de la médaille des relations humaines perverties par le tourisme et des stéréotypes très forts.

Une moitié des habitants de Bluefields imagine la France comme un état des USA, quand l'autre moitié ne saurait pas situer l'Europe sur une carte. Alors évidement, ça me soulage de vivre ici incognito, sans le lourd et énorme bagage culturel et historique que je me trimballais en tant que Français en Afrique de l'Ouest. On a une histoire tellement liée, lourde et dure en Afrique, et des liens présent si forts (immigrés en France, touristes et ONG en Afrique), que ca entraine cette relation très forte d'admiration et de rejet. La comparaison est constante auprès du grand frère français et c'est difficile de s'émanciper dans ces conditions. Pas facile pour les immigres Français ou Africains de vivre dans un pays si proche et pourtant si différent. Ici, je n'ai plus a dealer avec toutes ces questions latentes et envahissantes, et la vie en est bien plus simple !

Pour finir, au registre des regrets et des manques, je crois que c'est l'incroyable et envoutant esprit de l'Afrique qui me manque le plus. Cette ambiance étrange et pénétrante des légendes des griots et des manifestations d'esprits, des marabouts et des coups de djembé, de la voix du Muezzine et des danses mystiques.

Mystique Afrique

La vie est trop rationnelle a mon gout par ici, et le grand mélange désordonné de cultures latines, indigènes indiennes et créoles africaines a beaucoup dénaturé la spécificité de chacune, qui peine laborieusement a survivre si elles n'ont pas déjà disparue complètement. Mais je commence à m'aventurer sur un autre terrain.

Ça pourrait faire l'objet d'un futur message sur ce blog, non ?

jeudi 11 juin 2009

Clément in Monkey Point, Episode II

Oups. J'ai un peu trainé pour deuxième épisode. J'ai foiré mon effet suspens en démotivant les trois derniers lecteurs qui se connectait de temps à autre dans l'attente de l'épisode II. I´m sorry.

So. Ma motivation en mon entrain on un peu diminués, mais je tiens quand même a raconter "les dessous" de Monkey Point. Alors allons-y pour un petit tour dans le politico-historico-culturel et désolé par avance si je me répète.

Alors voila, Monkey Point c'est tout paumé. Y a pas de routes, pas de téléphone, pas de docteurs, pas d'Ikea. Rien. Les gens y vivent souvent comme au moyen âge, mais avec parfois des détails extra-temporels du troisième millénaire qui donne une impression assez étrange. Le lecteur DVD portable du salon posé sur la cage des poules, par exemple.

Au milieu de ce nulle part, cette zone hostile ou le dernier cri de l'infrastructure moderne est l'école en tôle et parpaing, sous les manguiers, dans le sable et les coques de coco fendues, il y a cent mètres d'une ligne de chemin de fer, et deux plateformes de train posées dessus. De statiques masses de ferraille rongées, extravagances de l'histoire en ces lieux sauvages.
Les allemands, au début du 20ème siècle, ont apporté ça là, et ne me demandez pas comment. C'était la première pierre du projet de canal sec pour joindre les Caraïbes au Pacifique. Les américains ont par la suite légèrement compromis leurs projets. Aujourd'hui, l'idée est encore vivante. Le canal de Panama arrive à saturation, le trafic augmente, de même que la taille des bateaux.

Un vieux de Monkey Point, qui l'est surement moins que ce sur quoi il est assis

Alors pas mal d'yeux se tournent vers le Nicaragua; un drôle de parfum flotte sur la communauté.

Des anciens habitants Créoles reviennent sur les lieux, après avoir déserté plus de deux décennies, depuis la guerre des Contras. Ils viennent revendiquer la terre ancestrale, qui pourrait soudain prendre de la valeur en se fatiguant moins qu'avec une bêche et une machette.

Actuellement, le principal combat des chefs de la communauté au niveau national est de faire reconnaitre leur territoire et d'obtenir un titre foncier en bonne et due forme. Un combat légitime, je trouve, bien qu'invoqué au nom d'une travestie "protection de la biodiversité et des ressources naturelles". Mais la lutte n'est pas facile face au gouvernement. C'est David contre Goliath dans un état ou Thémis a perdu son bandeau.


Ce n'est pas le seul problème foncier des habitants de la communauté. Les Mestizos de la côte Pacifique, par manque de terre, font de plus en plus pression sur la jungle de la côte Caraïbe. Elle est rongée doucement par l'exploitation du bois et des méthodes agricoles brutales de déboisement systématique pour donner des pâturages aux élevages bovins.
Quand, après 3 ou 4 ans, la terre est épuisée, il faut continuer à avancer. Aujourd'hui la progression est arrivée à quelques kilomètres des côtes. Les habitants des communautés doivent aller défendre leurs terres et leurs cultures à la machette et au fusil. Évidemment, cela créer quelques tensions avec la moitié de Mestizos qui vit dans cette communauté Créole.

Le bush des alentours (la campagne, quoi) fournit de quoi vivre. Les gens vont chasser, cueillir ou cultiver leur nourriture, ou encore la pêcher en mer. Ils cultivent de petits lots d'haricots rouges, de mais, de manioc, et ils coupent à la machette bananes, ananas et autres nourritures plus ou moins sauvages. Les corvées de bois et d'eau complètent les nécessités basiques de survie. La vie à Monkey Point est simple et gratuite, il suffit d'aller la chercher autour de chez soi.

Préparation des tortillas de mais

Cependant, pas mal de gens c'étaient habitués aux rythmes réguliers des arrivées de paquets de cocaine sur les plages de la communauté. Une source de revenus juteuse et aisée. Depuis quelques années, les "White Lobster" ce font rares et c'est dur de retrouver le pénible travail du bush.

L'argent ne circule pas ou très peu dans la communauté, les moins pauvres achètent de temps en temps un peu de fromage et de sucre, des cigarettes, quand ils vont à Bluefields ou au détail chez une des familles qui fait un peu de commerce.

Carla et sa gazinière, un couple heureux

Aller "à la ville", aller a Bluefields, c'est une ballade de dix heures sur la plage, au pas de course, puis avoir l'espoir d'être pris par une pirogue pour traverser la baie de Bluefields en une heure ou deux. Les voyageurs partent généralement tôt, vers 3 ou 4h du matin, pour espérer arriver avant la nuit suivante.

Au sujet des divertissements, les possibilités sont assez limitées, sans livre, ni TV, mais il y a quand même des matchs de base-ball régulièrement. Et même si ils jouent toujours contre la même équipe, l'envie de gagner est là, les femmes encouragent ses messieurs aux casques fendus et aux uniformes américains troués. Il y a aussi des anniversaires à intervalle régulier, fêtés avec force rhum et cigarettes, natures ou verdies à la Marie Jeanne.

Les gamins vivent en bande, sont toujours dehors, pied nus et sales, ce qui fait plaisir à voir. Les deux heures de classes semi-quotidiennes leurs laissent du temps pour se baigner, jouer au foot, escalader les manguiers et torturer de manière créative la faune locale.

C'est l'heure des classes !

Ça sera tout pour un cet autre aperçu de la vie à Monkey Point, dans ces futilités et ces grands combats. Une tranche de vie quasi intemporelle, multiculturelle et attachante....

Fin de l'histoire

lundi 8 juin 2009

Clément in Monkey Point, Episode I

Parti pour une mission de boulot de 3 semaines environ, j'ai retrouvé le monde merveilleux et envoutant de Monkey Point, petite communauté Créole cernée de jungle et d'eaux salées. Reportage au bout du monde : le poids des mots, le choc des images !

Le but du séjour était, les 2 premières semaines, d'installer des systèmes d'éclairage dans les foyers Monkeypointenos.

Deux formules au choix :

La première, un système composée d'une grande batterie 12V qui alimente 2 lampes durant les soirées et sur laquelle on peut aussi brancher une petite télé (ce qui séduit beaucoup évidemment) ou une radio. Il faut amener la batterie une fois par semaine au centre de charge, à dos d'homme, donc le systeme se destine plutot aux gens 'du centre ville'. Le centre, alimenter par des panneaux solaire et une éolienne, facture 2,5$ par mois les 5 recharges. De l'argent pour assurer un minimum de maintenance...



La deuxième formule, orientée autonomie et paresse, est composée d'une petite batterie, rechargée par un petit panneau solaire individuel. Mais pourquoi tout est petit, me dirons les petits curieux ? Parce que les lampes utilisées sont des LED blanches, très peu consommatrices en énergie par rapport au niveau d'éclairement, pardi ! La haute technologie adaptée aux plus pauvres, en somme.

Nicolas, le poteau solaire et les Ramas/Créoles de Monkey Point

La petite batterie du systeme LED/solaire, pris dans son environnement naturel

Coté financier, les systèmes sont pour les deux tiers pris en charge par nos bailleurs, les Américains et Européens qui donnent les sous pour réaliser nos projets. Le tiers restant, soit $65, est la charge de la famille, à payer en liquide ou sous forme de micro-crédit.


La fée électricité entre dans les foyers (photo non truquée prise au 21ème siècle). Le luxe de la lumière électrique pour les gens qui n'avait pas connu mieux que la lampe à pétrole depuis...toujours, ça change la vie !


Pour nous aussi, les chanceux petits installateurs, ça aura été de bons moments, joyeux et touchants aussi. Ca fait du bien de se sentir plus utile et bosser directement pour le "Nicaragua d'en bas", pour reprendre le haut verbe d'un ancien premier ministre Français .

Je retiendrais surtout de ces deux semaines, l'installation tous ensemble chez Julia, après 45 min de marche sur des plages magnifiques :

L'équipe de chantier dans le dur labeur quotidien des métiers de l'énergie. En voyant cette image, le parallèle est direct : Germinal, les mineurs du nord, le froid et la fumée...


La vue de chez Julia. Le plus proche voisin n'est pas visible sur la photo et un panoramique n'y aurait rien changé.

Encore plus fort, la journée chez Israël. On marché une heure et demie dans la jungle pour arriver chez lui, avec l'aide de son cheval qui portait les outils. Je ne lui ai pas demandé en arrivant pourquoi il n'avait pas choisi le système avec la grosse batterie.
Le pire c'est qu'il m'a raccompagné pour rentrer. En tout 6h de marche à un solide rythme dans les jambes et je suis sur qu'en rentrant il a du rentrer une stère ou deux de bois avant d'aller au lit, pour se détendre les bras. C'est des brutes, les gens de là bas...increvables...

La semaine suivante de mon séjour à été consacrée à la formation de la commission énergie de Monkey Point, en charge de la maintenance basique de l'éolienne et des panneaux solaires qui servent à charger les grosses batteries.

C'est tranquillou formateur. Au boulot les mains dans les poches.

Là aussi, je me ménage pour la suite

Enfin, a coté de tout ce boulot assomant et abrutissant, pauvre de moi, il y a tous les petits moments qui font le quotidien et qu'il ne faut pas oublier.

En vrac, et du coté galère:

- Allumer le feu pour le café du matin avec du carton mouillé, ou faire les pâtes du soir en 60 min car le feu, je l'ai constaté assez rapidement, ça ne brule pas si régulièrement que le gaz. (En plus de faire plein de fumée qui pique les yeux)
- Aller chercher de l'eau à la source, de l'autre coté de la communauté. Cinq minutes pour remplir son bidon au mince filet d'eau, à la merci des taons abrutis et obstinés comme un supporter du FCNA.
- Se trimbaler à pied une batterie qui rappelle à chaque pas la très haute densité du plomb, dont elle est, je le précise, composée à plus de 50%. Pour ensuite, arriver épuisé dans une petite maison termorégulée à 35° et 90% d'humidité. Incroyable le nombre de tee-shirts que j'ai pu trempé.
- Les plaies qui s'infectent en jouant les Zidanes sur la plage avec les gamins. L'honneur footbalistique de la France est sauf, evidemment, mais j'ai réalisé trop tard que je n'avais pas des pieds en cuir tanné pour jouer sur une plage jonché de troncs d'arbres, de débris de machette afutés et de dents de requin taupe géant (espèce locale encore méconnue).
- Le gallo pinto le matin, le gallo pinto le midi, le gallo pinto le soir.

Et coté bons moments :

- Lever la tête en desserrant un boulon de l'éolienne, pour à chaque fois se faire surprendre par la vue majestueuse sur la mer, ses couleurs frappantes et sentir le petit vent du large me passer la main dans les cheveux, amicalement.
- Les petites siestes dans mon hamac, à l'ombre d'un manguier. Peinard.
- Les bains de mer en fin de journée, l'eau silencieuse, calme et douce, la plage vierge et un dauphin qui passe au loin dire bonsoir...kakaka kakak kak...
- Du temps libre pour rêvasser, rien foutre, bouquiner, penser à des choses et se rappeller des trucs.

Et voilà, on arrive à la fin de l'épisode I des aventures de Clément à Monkey Point. Dans le prochain numéro retrouver des intrigues palpitantes, de l'amour, des conflits politiques et encore plein d'autres choses incroyables... So, stay tuned...

vendredi 10 avril 2009

Petites histoires du Nicaragua

Je me lance. Je vais essayer de parler un peu de politique et d'histoire aujourd'hui, sans rentrer dans les grands détails (je n'en suis pas capable de toute façon), mais juste pour donner des informations toujours utiles pour comprendre un peu mieux ce petit coin du monde.

Je vais d'abord commencer par parler des habitants de Bluefields et une de leur caractéristique première : la nonchalance je-m'en-foutiste généralisée. Je l'ai déjà dit, Bluefields est très isolée du reste du pays, autant part sa géographie que sa culture. A l'ouest du pays la chose est tout autre et les conflits politiques historiques ont souvent connu un engagement très fort des populations.

Pour prendre une exemple récent, les élections municipales de novembre dernier marquée par des fraudes généralisées et organisées par le pouvoir en place ont provoqué des manifestations très intenses à l'Ouest du pays avec des morts et des blessés presque tous les jours. Pendant ce temps là, à Bluefields, les klaxons timides des partisans du nouveau maire ont couiné pendant dix minutes puis plus rien...les chiens ont repris leur aboiements nocturnes, nullement perturbés par cette interruption craintive...

Cela peut s'expliquer historiquement. L'intégration de ces régions au territoire Nicaraguayen n'est pas très vieille puisqu'elle date de 1886 (comparée à l'arrivée des Espagnols en 1524 et à la date de l'indépendance en 1821). Les Anglais, précédé par des pirates Européens, puis suivit par les Américains, ont eu une influence très forte ici depuis le milieu du 19ème siècle. D'ailleurs la limite ultime de la colonisation Espagnole se trouve 200 km plus à l'ouest, malgré trois cents ans de présence...

Cela peut s'expliquer au niveau politique aussi. Toute la partie Est du pays (soit plus de la moitié) est divisée en deux grandes régions, la RAAN et la RAAS (Region Autonoma Atlantico Sur, la région de Bluefields). Ces régions, autonomes comme leur nom l'indique, sont dotées d'un gouvernement territorial aux droits et devoirs assez flous et aux ressources limitées. Il faut comprendre en fait que ces régions sont très largement laissées à l'abandon et l'écart de développement s'aggrandit par rapport au reste du pays.

A propos des Américains, il ne faut évidemment pas croire, cher lecteur incrédule, que leur influence se limite à ces seules zones du Nicaragua. Ce serait là sous estimer le meilleur pays du monde ! Les Yankees ont accompli de très grandes choses dans le pays durant tout le 20ème siècle. La liste est longue mais à titre de menu on retiendra trois épisodes anodins :

1 - une ingérence vicieuse et intéressées dans les affaires politiques du pays, pour promouvoir la démocratie et la liberté bien entendu, et aussi pour une petite histoire de canal. Dans un premier temps, il s'agissait de trouver le moyen de s'accaparer la propriété d'un tel ouvrage. Et puis, une fois la chose réalisée au Panama, le boulot à été d'empêcher la réalisation d'un canal concurrent. Sont sympa c'est américains d'expliquer aux Nicaraguayens qu'une telle idée serait mal venue...ça leur a évité du boulot inutile...c'est fatiguant de creuser un canal...

2 - la répression, en 1927, de la révolte Sandiniste, du nom de son leader Augusto César Sandino.

Je vous présente Augusto

Ce gars en avait marre de vingt ans de présence de l'armée Américaine dans son pays et décida donc de prendre le maquis pour déloger les Marines.
Le bilan ? Cinq ans de guérilla, quelques milliers de morts, pour enfin voir le départ des américains qui laisseront quelques petits cadeaux en partant. Une armée, la "Guardia Nacional", entrainée et équipée par les USA dont le dirigeant, Anastasio Somoza Garcia, tuera Sandino en 1932. Par politesse et savoir vivre l'assassinat eu lieu à la fin du diner. Avec l'aide de ses enfants, la famille restera 43 ans au pouvoir. 43 ans, c'est long, et ça laisse le temps de se servir. Les fistons irons se réfugier à Miami avec un gros paquet de thune (50 millions de dollars), provenant en partie de l'aide internationale détournée suite au tremblement de terre ayant quasiment rasé Managua en 1972.

3 - la répression de la révolution Sandiniste (d'inspiration Marxiste et soutenue par Cuba) pendant plus de dix ans par le financement et l'entrainement des "Contras". Ronald Reagan continuera à faire financer le mouvement des Contras dans le dos du Congrès Américain par la vente d'armes à l'Iran et de cocaïne dans les banlieues du pays (un service rendu aux Noirs et aux Latinos, il est cool, ce Ronald!).

Je vous présente Ronald. Quelle tête a claque.

Les gens de la cote Caraïbes ont essentiellement combattu du coté des Contras à cette période en raison des liens historiques de la région avec les USA, et aussi pour un désaccord des communautés locales indigènes avec la politique agraire du gouvernement Sandiniste consistant à redistribuer des terres. Les Nica restent très discrets sur cette épisode de leur histoire. J'ai juste appris le mois dernier que deux des employés de blueEnergy avaient combattu pour les Contras à cette époque. Les autres sont trop jeunes pour ça.
Pour info, le gouvernement Nicaraguayen de l'époque déposa plainte contre les USA auprès de la Cour internationale de Justice en 1984. Lesquels furent juger coupable, pour avoir « rompu leur obligation dictée par le droit international de ne pas utiliser la force contre un autre État ». Les États-Unis refusèrent de se soumettre au jugement, ça devait les faire chier (ça ressemble beaucoup à la politique Française en Afrique, non ?).

Enfin bref, la liste est longue et il y a encore d'autres motifs d'indignation...

Aujourd'hui, les Sandinistes sont revenus au pouvoir, avec toujours à leur tête Daniel Ortega, qui était déjà chef du mouvement lors de la révolution de 79. Suite à trois défaites consécutives aux élections présidentielle, ce cher Daniel avait décidé de renier ses idéaux marxistes, s'était mis à croire en dieu et à dénigrer l'avortement. La stratégie a semble-t-il payée et il peut aujourd'hui jouir pleinement des privilèges plus ou moins légitimes du pouvoir...



So, to be continued...

Et avant de vous quitter, je suis bien conscient que ce petit cours d'histoire était peut-être ennuyeux pour certain, mais si il y en a qui reste sur leur faim, j'en suis heureux et je vous encourage à être curieux et vous renseigner sur l'histoire de ce pays. C'est très représentatif de la géopolitique mondiale du siècle passé, je trouve.

lundi 16 mars 2009

A moi la liberté !

Eh bien une fois de plus je vais raconter mes vacances, ca commence a être récurant commence déjà à dire certain, à se demander si il fout quelque chose le père Joulain de l'autre coté de l'Atlantique...

Promis, la prochaine fois je parlerai de la politique au Nicaragua, ça en calmera quelque uns car là c'est du lourd, du complexe, du socio-économico-éthnico-historique tout mélangé, bref il y a de quoi se prendre la tête un bon moment. C'est d'ailleurs pour ça que j'en ai pas trop parlé jusqu'à présent, et que j'hésite encore à le faire, de peur d'amalgamer, de généraliser, de tirer des conclusions hâtives sur une vie politique actuelle et passée intense voire même excessive parfois.

Mais je m'égare, revenons à nos insouciants moutons, en l'occurrence ce qui s'est passé pendant cette semaine de détente sur la West Coast. J'étais avec mon pote Julien venu de France spécialement pour moi, car m'a-t-il confié dans un de nos moments intimes "tu me manquais beaucoup cher Clément, la vie en France, c'est triste sans toi". Eh mince, mes moutons recommencent à se disperser...bon, on s'est donc monté un volcan, le Cerro Negro précisément. C'est le plus jeune volcan du contient américain, il est sorti du sol il y a 150 ans à peine, c'est dire que les grand pères des grands pères d'aujourd'hui l'ont vu sortir de terre comme ça, tranquillement. Incroyable, non ? Julien et moi l'avons escaladé sous en vent à déplumé un dindon Breton et sous un soleil à dessécher une vache Sénégalaise, avons soumis sans trembler ses 450m de dédain et d'orgueil, jusqu'à présent vierge de toute trace humaine...

La bête !


Ça grimpe dur, il faut un sacrée courage pour faire ce qu'on a fait

Les dernières coulées de lave date de 1992. On arrive un peu tard, c'est froid.

C'était rigolo la descente, on se croirait au ski, à la couleur de la neige près.

L'ami Julien en phase de repos-réhydratation dans le village le plus pommé du Nicaragua, au pied du volcan. Et je dis ça en connaissance de cause, on est resté coincé là 2h et demie à attendre une voiture, un bus, une charrette ou un vélo, et comme rien de tout ça n'est passé, on s'est tapé les 7 km du retour à pied...

Et puis on est allé à la plage aussi, le lendemain, mais je vais pas mettre de photo car c'était une plage d'un modèle courant, le standard que l'on retrouve un peu partout sur terre. Par contre les couchés de soleil sur le Pacifique sont vraiment magnifiques, c'est basique et classique mais ça conserve malgré tout son charme poétique étrange.

Pour finir on est allé visiter l'Université de Léon, et on a eu du pot car le gars que je connais là bas était en train de bricolé en haut de l'éolienne, on a donc eu droit à une ascension gratuite.

Les éoliennes, c'est pas un truc de mauviette !

Ca tangue pas mal là haut, j'espère que les ingénieurs ont vérifié leurs calculs...

Ben voilà, c'est tout.
Alors vous voyez, c'est chouette le Nicaragua. Passez me voir !